Chapitre 12
La vie suit son petit bonhomme de chemin, je suis un peu plus attentive à l'école, faut dire que bientôt, je ferais ma petite communion, c'est une chose très sérieuse.
Maman avais reçus l'autorisation du juge des enfants, pour que je puisse suivre le catéchisme avec mes compagnes, afin de me préparer à la communion.
Un jour maman m'emmène, chez les deux couturières, Gilda et Mylène, qui habitent quelques maisons plus loin de chez nous.
Tu va voire me dit maman, Gilda va te faire une jolie robe pour le jour de ta communion, tu n'auras rien à envier aux autres.
Pendant que maman discute et feuillette les revues de mode enfantine avec Mylène, moi je pars à la découverte de tout ces objets utiles aux couturières, aiguilles fines, bobines de fil en bois de toute les couleurs, mètre ruban, et ciseaux.
Mais se qui m'intrigue le plus, c'est une drôle de machine de couleur noire, avec un petit volant sur le côté droit et une courroie, qui descend et entoure une grande roue, qui tourne, grâce a une immense pédale que Gilda, fait monter et descendre avec son pied.
Et tous ces beaux tissus, bien rangé sur les étagères, le long du mur, il y en a avec de jolies fleurs, avec des pois blanc, ou de petits carrés et des unis.
Mylène choisis un beau tissus de couleur blanc cassé : - regarde me dit-elle, c'est avec ce tissu de coton que je vais confectionner ta jolie robe pour ta communion et voici le modèle.
Elle me tend la revue, je peux y voire, sur la page de gauche, une petite fille vêtue d'une jolie robe, avec un col arrondis (col Claudine) et des manches bouffantes (ballons), il y a une large ceinture, avec trois plis et se noue à l'arrière avec un grand nœud.
Oh merci Gilda et Mylène, vous êtes bien gentille toutes les deux, et je m'empresse de leur plaqué un gros baiser sur leurs joues ridées.
Gilda, nous fixe rendez-vous dans trois jours, pour le premier essayage, j'ai hâte d'y être.
Arrivée à la maison, je raconte et j'explique à marraine, notre visite chez les couturières, et a force de grands gestes, je décris la fameuse machine à coudre Singer, et ses courroies et son fonctionnement.
Dès que je termine mon bavardage, marraine me serre fort contre elle, - tu seras la plus belle mon ange le jour de ta communion, et tu verras les cousins de Liège, attacherons de petits rubans à leur voiture.
Les jours suivants, je ne pense qu'a ce grand jour, j'essaie de m'imaginé avec ma robe, les petits nœuds a la voiture des cousins (une Citroën ami 6, bleu ciel au toit blanc), je suis certaine que l'on ne passera pas inaperçus au village, on va encore jaser dis marraine.
Un soir, où je suis occupée à réviser mes leçons dans la pièce arrière, j'entends une conversation orageuse entre maman et marraine.
Traduction
Madeleine va encore nous traiter de capitaliste, et crier qu'une communion, ce n'est pas un mariage, mais c'est le petit Jésus que l'on met dans son cœur !
Ah oui, encore tante Madeleine, une sœur de maman et marraine, elle est religieuse a Bironville, elle n'est pas méchante, mais juste un peu jalouse que ces deux sœurs possèdent quelques actions à la banque qui leurs rapporte des intérêts en fin d'année.
C'est maman qui m'a expliqué ce qu'était des actions.
Car chaque fois qu'elle dénoue le grand foulard noire, et qu'elle en sort son coffre de fer, je suis près d'elle, j'aime toutes ces jolies feuilles avec de beaux dessins vert, bleu, mauve ou rouge, elle en découpe comme un grand timbre, qu'elle glisse dans une enveloppe.
Ensuite, elle noue bien le foulard autour de la boite, et le glisse derrière une grosse pile de draps de lits amidonnés et bien rangés.
Puis elle ferme la porte de la garde-robe à clef et, elle cache ensuite la clef dans une poche en tissus épinglée à sa combinaison.
Pour sœur Madeleine, tout le monde devrais vivre pauvrement.
Je dépose mon crayon et doucement sur la pointe des pieds je m'approche de la porte de la cuisine.
La voix de maman s'élève ; - et bien elle pens'rais èco s'quelle vou , mi d' j'ai dins l'idéye qu' i nos pitite ni s'reu put là, avos nos ôtes, por si grinde communion , adon d'ji vous qui s'djour là dimeure on bia sov'nir po nos trwè.
Traduction
Et bien, elle pensera encore se qu'elle veut, moi, j'ai dans l'idée que notre petite ne seras plus avec nous pour sa grande communion, alors je veux que se jour là, reste un beau souvenir pour nous trois.
Mais qu'est-ce que maman veut dire, quand elle dit que je ne serais plus ici pour faire ma communion solennelle ?
Je suis toute retournée, par ce que je viens d'entendre, mais je fais un effort, pour ne rien laisser paraître.
Maman et marraine ont pris l'habitude, depuis quelque temps de parler entre elles en wallon, de peur que je ne comprenne leur conversation, mais ce qu'elles ne savent pas, c'est que je décode chacun de leurs mots.
Je crois que je suis plus douée pour apprendre le wallon que les leçons de grammaire à l'école.
Avec prudence, je retourne à la table, je range mes cahiers et mon plumier dans mon cartable, et je vais rejoindre maman et marraine dans la cuisine.
Maman a le visage tout rouge, sa tension a certainement grimpé, comme à chaque fois qu'elle parle de tante Madeleine.
Mais, toutes deux firent comme si rien ne s'était passé, marraine me fait récité mes leçons, tandis, que maman vérifie mes devoirs.
Maman, enfile son manteau et sort pour aller vérifié, si les poules sont bien enfermées et que les brebis ne manquent de rien.
Pendant se temps, je me risque à demander à marraine, pourquoi, maman crois que je ne serais plus ici, pour faire ma grande communion.
Le visage de marraine devient tout blanc :
l'impression, qu'elle nous cache quelque chose, mais chût, là voilà qui arrive !
Maman a son foulard tout mouillé, elle secoue son manteau et le met pendre à la patère dans le corridor, puis vient en se frottant les mains au dessus du poêle.
Bon, maman, marraine, je suis fatiguée, je vais monter me couché : maman, n'oublie pas demain matin de remplir la bassine d'eau chaude pour me laver, je veux sentir bon pour aller à la messe.
Avant de grimper les escaliers, j'attrape mon pingouin sous mon bras et dépose un gros baiser, sur les joues de maman et marraine en leur souhaitant une bonne nuit.
Perdue sous le gros édredon, remplis de plumes, je lance un regard vers le cadre, où se trouve une icône de la vierge Marie, tenant l'enfant Jésus dans ses bras et entourée d'autres petites images.
Je ne sais pas pourquoi, mais il me semble, que si je bouge un peu, la vierge me suit du regard, alors timidement, je lui adresse la parole.
S'il vous plait vierge Marie, est-ce que maman a un secret ? Si je ne suis plus ici pour ma grande communion, pourriez-vous me dire où je serais ? Ma vraie mère va-t-elle me reprendre ?
Vous savez, je ne la connais pas cette dame, pour moi, ma maman, c'est Marie, je n'ai pas de papa, mais j'ai une marraine, pour moi, c'est bien, je ne veux pas retourner chez l'autre.
Je vous en prie sainte Vierge, je vous promets d'être bien sage, d'apprendre toutes mes leçons et de toujours obéir à maman et marraine, s'il vous plait, faite que je reste ici.
Je sens les larmes coulés sur mes joues, et mon chagrin me plonge dans un lourd sommeil.
Les jours suivants, maman ne fait plus allusion a mon supposé départ, la vie continue, mais je suis beaucoup plus attentive en classe.
La maîtresse toute étonnée de se changement en parle avec maman et marraine, un dimanche d'avril, à la sortie de la grand messe.
Maman ne vois vraiment pas pourquoi, mon comportement a changé subitement, par contre, marraine, crois en connaître la raison, mais comme toujours, elle fait l'ignorante.
Ah marraine, tu es vraiment adorable, merci de n'avoir rien dit à maman, au sujet de l'autre soir, maman serais tourmentée et sa tension montrais encore.
Le jour des communions approche, j'espère qu'il fera beau, car se serais dommage de mouiller ma jolie robe, et mes nœuds blancs que j'aurais dans mes cheveux.
Un dernier essayage chez les couturière, et enfin, je pourrais ranger ma jolie robe avec sa housse dans l'armoire.
Je tourne et me retourne, devant le grand miroir de Gilda, mes joues se colorent de rouge, non pas de honte, mais bien de bonheur et de fierté.
Dès que j'ouvre les yeux, j'aperçois aux travers des rideaux, le soleil qui brille, je saute en bas du lit, et je me précipite à la fenêtre.
Tiens, tiens, il y a déjà une voiture dans la cour, je la reconnais, ce sont les cousins de Liège, Albert et Josette, mon parrain et ma marraine.
Je dévale les escaliers et j'entre en courant dans la cuisine :
J'enfile mon gilet et je suis le cousin Albert aux talons, maman nous regarde par la fenêtre.
Marraine a installé la bassine en zinc devant le poêle de la salle à manger, ma robe est accrochée à la clinche de la porte du buffet.
Quand je pénètre dans la cuisine, j'aperçois tante Laurette qui vient d'arrivé, a ses côté Josette, Albert, maman et marraine.
La porte d'entrée s'ouvre et j'aperçois le père José, il vient du monastère, je ne sais pas grand-chose de lui, mais il est un peu mon grand-père.
C'est lui qui m'a offert mon petit vélo rouge à trois roues pour mes deuxième anniversaire, il me prenait souvent dans ses bras et j'aimais lui tiré sa petite barbichette poivre et sel.
Je me jette dans ses bras grand ouvert, il me caresse les cheveux et me fait une petite croix sur mon front :
Il est magnifique, je le range précieusement dans la petite pochette assortie.
Marraine s'affaire à présent au démêlage de mes cheveux, ils sont tellement épais et bouclés, qu'il y a pleins de nœuds, marraine est obligée de tiré très fort dessus, se qui m'arrache un aïe, et un ouïe, et font monter des larmes à mes yeux.
C'est chaque matin le même calvaire, pour lui ôter tout les nœuds, soupire maman, la semaine prochaine je l'emmène à Tygnon, chez la coiffeuse, elle va couper cette crinière indomptable.
Cette nouvelle inonde mes joues de grosses larmes, et entre deux sanglots, je parviens à dire
Tante Laurette se précipite, près de la bassine d'eau et trempe son mouchoir, puis vient tamponner mes yeux ;
Marraine glisse une pince garnie d'un ruban de satin blanc de chaque côté de ma raie central, de grosses anglaises châtain claire dansent aux moindre de mes mouvements.
Maman et marraine prennent place dans la camionnette du père José, tante Laurette et moi, nous, nous installons dans la voiture des cousins.
Quel beau jour, l'église est illuminée, par les robes blanches de mes compagnes, de jolis bouquets de roses blanches et d'œillets décorent le chœur de l'église.
De retour à la maison, il me semble être une autre petite fille, j'ai l'impression d'avoir grandis sur quelques heures.
Nous sommes tous réunis dans la pièce arrière, sur le buffet, les cadeaux de ma communion sont exposé, il y a une jolie bonbonnière avec un oiseau, cadeau de tante Laurette.
Un beau missel et une chaîne en or avec une croix, cadeaux de mon parrain Albert et de marraine Josette.
Le beau chapelet de père José, une paire de boucles d'oreilles en forme de coccinelle, reçue de maman et marraine.
Et de la chère Tante Madeleine, elle avait envoyé une petite médaille de la vierge en or, munie de sa chainette.
Et voilà, la journée se termine, les cousins sont repartis, tante Laurette, passe quelques jours avec nous, je suis tellement contente qu'elle reste encore, que je lui saute au cou.
Et le lendemain, la vie reprend son court habituelle, mais au fond de moi, je continue à me trouvé changée, allez savoir pourquoi ?
Chapitre 13
Enfin, les grandes vacances ! Plus d'école pendant deux mois, je vais m'amuser avec la petite nièce des citadins qui viennent chaque été dans leur chalet, près de notre maison.
L'ennui, c'est que Denise, ne parle pas un mot de français, juste du néerlandais, mais on arrive quand même à se comprendre à l'aide de gestes et de dessins.
Ce qui me fait rire chez Denise, c'est quand elle ne comprend pas se que maman lui dit, elle fronce les sourcils et ses petites taches de rousseurs se rassemblent en petits tas sur les coins de son nez en trompette.
Elle a les cheveux couleur carottes, qui sont posé comme un bol sur sa tête, et elle répète sans cesse » née, ja, wat ? (non, oui, quoi ?) un jour elle a une idée, elle veut m'apprendre une chanson dans sa langue, oh là là !
Broeder Jacob,
Broeder Jacob,
Traduction
Frère Jacques,
Frère Jacques,
Elle se fâche car je ne prononce pas bien les mots, elle me tire la langue, je lui fais un pied de nez, et elle me lance,- toi zot, toquée et elle retourne chez elle.
Je hausse les épaules, car je n'ai pas compris tout se qu'elle me disait, je file dans la cuisine et maman toute étonnée de me voire, me demande ;
Mon chien est tout fou, dès qu'il me voit, je m'installe sur le toit de sa niche avec mon livre et Youki se colle contre moi.
Les moissons ont commencés, nous donnons un coup de main à Jean, Emilienne .
Tout en ramassant les épis de blé oubliés par Emilienne, je m'aperçois que maman surveille marraine, car celle-ci, retourne souvent à la maison.
Deux jours après, le docteur Bohon arrive très tôt, il à bien recommander à marraine de ne rien manger avant qu'il n'arrive.
Il monte dans la chambre et ausculte marraine, puis redescend, les sourcils froncés.
Maman le reconduit à sa voiture, par la fenêtre je vois qu'il parle assez bas avec maman, je me demande bien ce qu'il lui dit.
En attendant les résultats, je me contente de cette réponse, mais je suis marraine partout.
Une semaine plus tard, la lettre du docteur Bohon arrive, maman ouvre l'enveloppe en tremblant.
Marraine suit bien sont régime, et régulièrement, vérifie le taux de son sucre.
Denise est repartie pour Anvers, les vacances touchent à leur fin, avec maman, on vérifie l'état de ma mallette, du plumier et surtout, on rallonge mes jupes.
Je ne grossi pas beaucoup et maman s'en inquiète au docteur, lors de sa visite à marraine.
Il reste juste quinze jours de vacances, je les passe en compagnie de Josiane, qui est en vacance chez sa tante Jeannine et parfois le Jérôme vient nous tenir compagnie.
Le pauvre il en voit de toutes les couleurs avec Josiane et moi, quand il arrive, lorsque nous jouons à la dînette, nous lui faisons avaler n'importe quoi.
Justement le voilà qui arrive, avec son short tyrolien et ses joue rouge comme les pétales d'un coquelicot.
Et je m'empresse de couper des feuilles de pissenlit et d'orties, même si celles-ci me piques, j'ai trop hâte de faire avaler le breuvage à Jérôme.
Je remplis la petite casserole miniature d'eau de la pompe, puis je découpe les feuilles en petits morceaux, je rajoute quelques pétales de pâquerette, puis je mélange bien.
Ensuite j'en dépose un peu sur une petite assiette rose et Josiane la tend à Jérôme, qui s'empresse d'engloutir la mixture en une fois.
Josiane et moi, nous ne pouvons nous empêcher de pouffer derrière nos poupées, surtout quand Jérôme recrache le tout en poussant un :
Jérôme, n'est pas rancunier, il a l'habitude, que l'on se moque de lui, il sait qu'il est un peu trops gros pour son âge et pourtant, il ne fait aucun effort pour perdre du poids, il grignote toujours.
Le lendemain, quand je sors de la maison, je le vois qu'il m'attend, assis sur le petit talus qui borde le chemin.
Enfin, nous sommes tour à tour sur la balançoire, c'est John, le fils des vacanciers qui me l'a installée, il l'a attachée a une grosse branche du marronnier.
Jérôme me pousse dans le dos, mais il a tellement de force, que je dois lui crier sans arrêt de pousser moins fort, sinon, je risque de me retrouver sur le tas de planches.
Mais il fait comme s'il ne m'entendait pas, il redouble de force en me poussant.
Tout à coup ! Paf !! Mes mains glisse et lâche les deux cordes de chaque côté, et je me retrouve bien vite sur le tas de vieilles planches, dont certaine ont encore des clous.
Je ne suis pas tombée de haut, mais le choc a été dur et pour me protégé, j'ai porté mes deux mains en avant et la paume de la main droite a rencontré la pointe d'un clou qui c'est enfoncé dans ma chair !
Je hurle, je crie, je pleure, maman accourt, affolée et Jérôme a pris la poutre d'escampette en laissant la barrière de l'enclos grande ouverte, les poules en profitent pour s'enfuir vers la rue et gouter à l'herbe devant la maison !
Maman appelle marraine
Maman m'a ramenée dans la cuisine, elle s'empresse de nettoyer la petite blessure, le trou n'est pas profond, mais je saigne encor et la vue de mon sang, a pour effet de redoubler le flot de mes larmes.
Le remède miracle de maman, soulager mes blessures et mes chagrins en remplissant mon estomac.
Le lendemain, nous allons dire bonjour à une amie de maman qui habite, pas très loin de l'école, le juge des enfants, lui a confié une petite fille abandonnée, elle aussi par ses parents.
J'ai hâte de faire sa connaissance, et d'avoir une nouvelle compagne de jeux, car mise à part Josiane et Jérôme, je n'ai personne avec qui jouer.
Elle est toute mignonne Françoise, de longs cheveux bruns bouclés et un petit nez en trompette, sa jupe plissée et sa jolie blouse rose.
Comme il fait beau, on nous permet d'aller jouer dans le jardin, bien vite nous, nous lassons de nos poupées, et j'invente un nouveau jeu.
Chacune à notre tour, nous sautons d'un muret en pente, nous commençons par le côté le plus bas, et nous progressons à chaque saut, celle qui auras réussi à sauté de la plus grande hauteur, pourras jouer avec la poupée de l'autre.
Tout à coup, je ne sais pas pourquoi, j'ai crus que Françoise allais me pousser dans mon dos, et je me suis laissée tombée et...Boum ! Me voilà le nez et le menton écrasés sur le béton, un bon mètre vingt plus bas.
Je hurle, je crie à la vue du flot de sang qui s'échappe de mes blessures, j'ai mordu dans ma lèvre inférieure et le mentons est entaillés a plusieurs endroits et souillés de minuscules gravillons et de poussières !
Et mes cris redoublent en force, quand au lieu de me consoler et de me faire des câlins, maman, me donne une gifle retentissante sur ma joue, où sa main y laisse un fameuse trace!
Maman hurle, elle est en colère, attrape une quinte de toux mais réussi à me sermonner, malgré tout :
A partir d'aujourd'hui je t'interdis de fréquenter le gros Jérôme, c'est de sa faute si tu es comme çà ! Les filles jouent avec les filles et les garçons entre eux, point final et tant pis, si tu reste seule, c'est encore mieux, comme ça tu sauras ce que cela veut dire obéir !
Pendant que maman continue à me faire la leçon, Yvette, la maman adoptive de Françoise, me nettoie ma blessure, elle a mis un petit bassin en émail blanc, remplis d'eau sous mon menton, afin de ne pas tacher mes vêtements avec mon sang.
L'eau devient vite rouge, ce qui me fait a nouveau pleuré, car j'ai peur de perdre tout mon sang.
Françoise revient avec un bol remplis de glaçons, qu'elle a été cherché chez Léon, le coiffeur, sa mère me tamponne la lèvre et le mentons avec.
Quand, enfin, le sang semble s'arrêter de couler, on me noue un bandage autour de ma figure, je ressemble à un œuf de Pâques.
Dès que l'ont arrive à la maison, marraine qui nous attendait sur le pas de la porte, lève les bras au ciel en hurlant :
- Mais enfin ! Qu'est ce que tu as encore fait comme sottise aujourd'hui ? Hier c'étais un clou dans ta main et maintenant te voilà défigurée !
Mais nèni hein Germaine, elle n'a nin l'vizadje sprôtchî, c'est seûl'mint on miète côpé es bouche es minton, on verrè pus rin din deûs djoûs, c'estl'Bon Diè qui l'a pûni, elle n'avais qu'a djouwer avos des djeûs d'fèyes.
Traduction
- Mais non Germaine, elle n'a pas le visage écrasé, défiguré ! Juste quelques coupures a sa bouche et au menton, on ne verra plus rien dans deux jours, c'est le Bon Dieu qui l'a punie ! Elle n'avait qu'à jouer avec des jeux de filles.
Le dimanche suivant, nous sommes allés passer la journée à Bironville chez tante Madeleine.
Je trouve cela amusant d'enfiler les patins tout doux à mes pieds, pour ne pas salir le parquet, qui est si bien ciré qu'il reflète mon image et les meubles.
Pour un moment, je me crois sur le canal gelé en Hollande en compagnie de Hans et Gretel, les deux héros de mon livre préférer, les patins d'argent, et je me mets bien vite à faire de jolies arabesques sur le parquet.
Mais je ne patine pas longtemps, car j'entends la voix sévère de tante Madeleine qui me rappelle à l'ordre, je dépose sagement ma main dans la sienne et nous nous dirigeons vers la salle à manger.
La grosse table en chêne est protégée par une jolie nappe blanche brodée, les couverts en argents sont posés aux côtés des assiettes en porcelaine de Limoge et les verres de cristal, brillent de tout leur éclats !
J'ai très faim, je m'empresse de grimper sur la chaise munie d'un gros coussin, mais tante Madeleine m'arrête vite et me tire par l'oreille.
- Seigneur, bénis ce repas et tous ceux qui l'on préparé, donne du pain à ceux qui n'en ont pas. Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, Amen.
Enfin, on peut s'asseoir, juste au moment où maman m'attache ma serviette autour de mon cou, on frappe à la porte de la salle à manger.
Etonnée j'interroge tour à tour maman et marraine du regard, celles-ci, haussent leurs épaules.
La porte s'ouvre et laisse le passage à une jeune religieuse, qui tient par la main un garçonnet à peu près du même âge que moi.
Vêtus d'un pantalon courts, d'un beau chemisier blanc et d'un gilet sans manche, il regarde le plancher, sa casquette de velours dans ses mains.
Maman, manque de s'étrangler, marraine avale un grand verre d'eau et moi, je suis comme paralysée, ça pour une surprise, c'est une surprise, je ne savais même pas que j'avais un frère !
Timidement, je m'approche de mon frère et je lui donne un baiser, ses oreilles deviennent rouges, je me tourne vers maman et je lui dis :
Tante Madeleine, maman, marraine et la jeune none, tout le monde éclate de rire.
Nous nous mettons à table, Tante Madeleine place mon frère à côté de moi, nous nous dévisageons sous les yeux attendris de maman et marraine.
Après avoir remerciez Dieu pour ce bon repas que nous venons de faire, nous avons la permissions mon frère et moi, d'aller jouer dans la cour de l'école.
Nous ne savons pas quoi nous dire, alors nous jouons au ballon, puis nous rentrons dans la salle de jeux, et nous jouons avec le théâtre de marionnettes et comme par magie, nos langues se délient par marionnettes interposées.
Avant de partir, Michel vient près de moi, m'embrasse et timidement il me dit :
Un klaxon retentis devant la fenêtre du salon, Maman soulève le rideau, maman se tourne vers moi et me dit :
Aussitôt installée dans la voiture de Maxime, je m'allonge et je pose ma tête sur les genoux de marraine et bien vite je sombre dans un sommeil profond.
Arrivé à la maison, c'est Maxime qui me porte et me dépose dans mon lit, toute habillée.
Le lendemain, je demande à maman :
Toute contente, je frape dans mes mains, puis je m'encoure, réveiller marraine et lui annoncer la nouvelle.
Chapitre 14
Un mois après ma rentrée en troisième primaire, je tombe malade, cette fois, ce n'est pas de la comédie, mais j'ai très mal à la gorge, je n'arrive plus a avaler la moindre bouchée.
Et en plus, je me plains d'une douleur au poignet droit, chaque fois que je fais un mouvement, maman regarde et constate qu'il est gonflé et bleu.
Le docteur Bohon crois, qu'il faudrait m'opérer des amygdales et des végétations, cela diminueras le risque d'avoir des angines, et otites à répétition, en ce qui concerne mon poignet, il est formel, il est cassé.
Maman admet qu'il a tout a fait raison, pour l'opération, et pour mon poignet, elle croit que je me le suis cassé, le jour de ma chute chez Françoise.
J'ai peur pour l'opération, mais marraine tente de me calmer elle me dit qu'après je devrais manger beaucoup de crème glacées et qu'avec mon plâtre que l'on va mettre a mon poignet, je serais un bon moment à la maison.
- L'effet est immédiat, la joie de rester à la maison et manger des glaces me rassure et calme ma peur.
Alors là, je suis d'accord et même pressée de partir pour l'hôpital, pour une fois que l'on me dit que je pourrais manger beaucoup de glace, et que je n'irais plus en classe, il ne faut pas me le dire deux fois.
On m'installe dans un fauteuil, comme chez le dentiste, puis le docteur baisse le dossier et me pose un masque sur le visage, c'est étrange, j'ai l'impression de flotter.
Le médecin bloque ma bouche pour qu'elle reste grande ouverte, je vois chacun de ses gestes, mais je ne ressens aucune douleurs, pourtant je vois tout ce qu'il se passe autour de moi !!
C'est même dégoutant car j'aperçois un morceau de chair sanguinolent dans sa pince puis un autre, et qu'il dépose dans un bocal.
Je voudrais parler, mais je ne sais pas, pourtant, quand j'entends le médecin dire qu'il va enlever les végétations en même temps, je m'efforce pour lui dire « NON ! Arrêter ! » Mais aucun son ne sort de ma gorge, je ressens juste comme un gargouillis dans le fond de ma bouche.
Ouf ! C'est enfin terminer, on m'étend sur un lit et on m'emmène dans une chambre.
Puis on m'entoure le poignet d'un plâtre, d'abord, j'ai une sensation de chaleur, au fur et a mesure que le plâtre durci, cela devient froid.
Après quelques heures, nous pouvons, enfin quitter l'hôpital.
Je suis bien contente d'être enfin chez nous, marraine à installer un lit de camps militaire, que notre voisin, le vieux Joseph, a bien voulu nous prêter.
A défaut de pouvoir manger des glace tous les jours, je mange de la compote de pomme maison, que maman à entreposer dans le garde-manger à la cave, les bocaux sont bien froid.
Je suis assez maladroite en me servant de ma main gauche, mais je me débrouille.
Jérôme repasse chaque jour par l'école des filles et me rapporte les devoirs et les leçons à faire, afin que je ne prenne pas trop de retard sur mes autres compagnes.
Pour les devoirs, je les fais avec marraine, je lui dis les réponses et elle, elle les écrit dans mes cahiers.
De temps en temps maman descend au village avec Jean le fermier et se rend chez le coiffeur Léon.
Son salon de coiffure fait aussi office de petit bistrot, où dans un coin, trône un congélateur, elle achète quelques petits pots de glace et quelques friskos qu'elle entrepose dans le surgélateur chez Jean.
C'est une grande innovation les frigos et surgélateurs, seule quelques privilégiés, peuvent se permettre cet achat, surtout les fermiers, car c'est une machine indispensable a la conservation des produits de la ferme.
Chez Emilienne et Jean, c'est une très grosse ferme, ils ont beaucoup de vaches et de poules, ils ont plusieurs champs, où ils cultivent toute sorte de céréales.
Jean est le deuxième homme qui possède une automobile, car il travaille en dehors du village, comme carreleur, sa sœur, s'occupent de la ferme.
Il est encore célibataire, mais on dit au village qu'il a rencontré une Française lors de ses déplacements, et qu'il est question d'un mariage, cela serais bien, deux bras en plus à la ferme ne serais pas inutiles dit maman.
Emilienne confirme la rumeur, sur le mariage de son frère, maintenant qu'elle vient faire la piqure d'insuline à marraine tous les jours, on a un peu plus de nouvelles du village.
Je l'aime bien Emilienne, elle me tricote de jolies choses, avec la laine de nos moutons.
C'est Franz qui vient les tondre au printemps, ensuite maman envois la laine dans de gros sacs de jute, dans une usine de laine.
Il s'occupe de la laver, et de la carder, puis, il garde une partie pour eux et nous renvois le reste sous forme de gros écheveaux.
Alors maman accroche un écheveau autour d'un dossier d'une chaise et déroule la laine, qu'elle roule en boule, ou alors je tends mes deux bras, elle y met l'écheveau et confectionne des pelotes.
Le plus souvent la laine garde sa couleur naturelle, marraine l'utilise principalement pour tricoter des sous vêtements.
Parfois, maman demande que l'on teigne la laine, c'est le cas pour le pantalon que marraine me tricote pour le moment, il est réaliser en deux couleurs, brun foncé et naturelle.
Cécile, me tricote un pull de couleur vert herbe avec des dessins en écru, il y a un petit col, avec une bordure blanche.
J'ai de la chance d'être entourée de personnes aux doigts si agiles, et qui consacre leur moment de repos à me tricoter, pull, pantalons et sous-vêtement, pour que j'aie bien chaud en hiver.
Chapitre 15
Déjà l'année mille neuf cent soixante cinq, ce dimanche 9 mai, veille de mon anniversaire, nous sommes invitées, maman, marraine et moi, au monastère par le père José, nous participerons à l'office religieux, puis nous dinerons avec lui.
Je n'aime pas trop ses rites orthodoxes, les offices religieux sont trop longs, et l'odeur de l'encens me donne des sueurs froides et des picotements dans tout mon corps, bien souvent on doit me faire sortir de l'église.
Quand je trouve le temps trop long, alors je m'amuse en étudiant les jolies peintures faites sur les murs de la crypte, maman m'a dit que l'on appelait ces tableaux des icones.
Il y a un homme à la barbe qui lui tombe sur les pieds, qui m'intrigue fortement, père José m'a dit que c'était un saint.
Quand le repas qui était copieux se termine, nous allons nous promener dans l'immense parc du monastère et aussi, nous recueillir devant les croix de moines décédés et des soldats tombés à la guerre.
Mais ce que j'aime surtout c'est que dans le bois, le sol est tapissé de clochettes blanches odorantes, du muguet, nous en coupons les brins avec leurs feuilles et nous les rangeons dans un panier.
Avant de retourner à la maison, maman et moi, allons remplir des vases avec du muguet et nous les déposons un peu partout dans le réfectoire, a la crypte, au monastère, dans le hall d'entrée.
Sur le chemin du retour, nous faisons un crochet par le cimetière, où maman dépose un bouquet dans chacun des vases qui se trouvent sur les deux caveaux de famille.
Rentrées chez nous, marraine nous aident à confectionner des bouquets avec les fleurs restantes.
Maman m'envois porté un bouquet chez Emilienne et chez les couturières, ainsi que chez la grand-mère de Josiane.
Quand je rentre dans la cuisine, le parfum des fleurs flotte dans l'air, j'aime beaucoup ces grappes de clochettes blanches disposées toutes sur un même côté de la tige.
Je m'amuse à compter les clochettes sur un brin, le plus souvent il y en a une vingtaine, mais toutes ne sont pas ouvertes.
Marraine me répète sans cesse de ne pas mettre les doigts en bouche, car le muguet est peut être beau, me dit-elle, mais c'est du poison, on peut en mourir !
Elle ne doit pas me le répéter deux fois, car la mort me fait terriblement peur.
Peut être est-ce dut, que chaque fois qu'une personne du village décède, j'accompagne maman et marraine, afin de rendre « visite » au défunt et présenter nos condoléances aux familles.
Le mort a été préparé, ce qui veut dire qu'on lui a fait sa toilette, on l'a revêtu de son plus beau costume, et on lui a croisé ses mains sur son chapelet.
La veillée peut alors commencer, les parents, amis, ainsi que les gens du village viennent bénir le défunt, ont prie pour lui et en chœur ont répètent les prières.
Ont parle a voix basse, de lui, ou d'elle, de sa mort, le pourquoi et le comment cela est arrivé.
La porte d'entrée de la maison où repose le mort, est entouré de tentures noires et mauve.
Tous les miroirs sont recouverts d'un voile noire pour ne pas que l'âme du défunt s'y reflète m'a expliqué marraine.
Dès que nous pénétrons dans la chambre mortuaire, il me semble qu'il y fait si froid, juste au pied du lit, il y a un récipient remplis d'eau bénite avec une branchette de buis, bénie le jour des Rameaux ainsi qu'un cierge.
Maman me soulève et me montre alors, comment je dois faire, quand j'ai trempé le buis dans l'eau bénite je dois tracer un signe de croix au dessus du défunt.
Quand je vois, l'homme ou la femme allongé sur sa couche, sa peau si blanche, et dont le corps rigide ne bouge plus d'un millimètre, j'ai envie de m'enfuir.
Je tremble, je fixe son visage livide, et surtout ces yeux, j'ai l'impression, qu'il ou elle va les ouvrir et s'asseoir sur son lit pour me gronder le l'avoir aspergé d'eau.
Le jour de l'enterrement, une longue file d'hommes et de femmes vêtues de noire, ces dernières ont mis une voilette sur leurs chapeaux et tous suivent le corbillard en silence.
Les premières fois où j'ai assisté à un enterrement, le corbillard était encore tracté par un cheval de traits.
Ce dernier m'intriguait fortement, car il avait sur le sommet de sa tête un plumeau noir dressé.
Je me demandais comment cette pauvre bête n'avait pas mal, avec cette chose qui me semblait plantée dans son crâne !
Mais peu de temps après, j'ai eu l'occasion d'observé cet étrange harnachement de plus près, chez Marcel le maréchal ferrant et j'ai put me rendre compte que le plumeau n'était non pas planté dans le crâne du pauvre cheval, mais dans la têtière de la bride.
Je me rendais souvent dans la forge, car j'aimais regarder Marcel taper l'enclume sur le fer rougis et ce ding ! Ding ! que faisait le bruit du fer.
C'est lui aussi qui m'a expliquer que les clous que l'on plantait dans les fers aux pieds du cheval, pénétrais dans la corne et non pas dans sa chair.
Car la première fois, j'avais crié sur Marcel, pour lui demander d'arrêter de martyrisé le pauvre cheval, en lui enfonçant les clous dans ses pattes.
Chapitre 16
En cette année mille neuf cent soixante cinq, la maladie d'une compagne de classe me touche au plus profond de mon être, car dans mon esprit d'enfant, j'ai toujours lié, maladie grave avec la personne adulte.
Pour moi, il n'y avait jusqu'à aujourd'hui, que des hommes ou femmes aux cheveux gris qui pouvaient souffrir d'une pénible et longue maladie.
En pénétrant dans la salle de classe, j'ai compris que cette journée ne serait pas comme les autres.
Madame Yvonne, ce matin a les yeux rougis, elle extirpe a plusieurs reprise un mouchoir de sa manche de son gilet beige.
Après avoir vérifié les actes de présences, elle nous demande la plus grande attention, car dit-elle ;
Le silence planait dans la salle, on entend régulièrement un nez que l'on mouche et des nez qui reniflent.
Quand je rentre avec maman, elle me demande ce qui ne va pas, pourtant, elle est au courant, mais avait préférer laisser la maîtresse le soin de nous en parler.
L'ambiance des cours a changée, nous sommes toutes plus attentives aux leçons, nous aimerions demander des nouvelles de notre camarade, mais nous n'osons pas aborder le sujet.
Et en ce début du mois d'avril, chacune d'entre nous a compris en pénétrant en rang dans le locale, que quelque chose de grave se passe, car madame nous fait assoir, sans faire l'appel des présences, et nous annonce que Marinette ne s'assiéras plus jamais a son banc, que le Seigneur l'a rappelée a lui au paradis, dès lors chacune de nous dirige son regard vers le banc vide, ensuite madame nous renvois chez nous.
Pour une fois, je rentre seule à la maison, au grand étonnement de maman, car ni elle, ni marraine ne connais l'horrible nouvelle.
Quelque jour après, tout le village se retrouve à l'église, afin de rendre un dernier hommage à Marinette.
L'oraison funèbre est très émouvante, mais quand nous arrivons devant le trou béant qui a été creusé pour accueillir son cercueil, le cimetière est plongé dans un silence céleste, nous refusons d'admettre, que notre amie, ne serais plus jamais avec nous en classe.
Quand le prête eu bénis le cercueil et que le frère de Marinette eu terminé la lecture de son discourt, plusieurs de mes compagnes tombent inanimées.
Avant de combler la fosse, chacune d'entre nous jette une rose blanche sur le cercueil.
Dès que le trou est comblé, des centaines de gerbes et de couronnes sont déposées sur le monticule de terre, la maman de Marinette place une plaque en marbre blanc où des lettres d'or sont gravées et disent ceci.
« En 1953 tu as fait la joie de ta famille et en 1965, tu as fait la joie du ciel »
Et aujourd'hui, en écrivant ce chapitre, et ce malgré les nombreuses années qui se sont écoulées depuis ce triste fait, j'ai des larmes dans les yeux.
Et combien de fois le visage de Marinette passe devant mes yeux, car je n'avais qu'à cette époque, même pas dix ans, et la mort de ma petite camarade est restée gravé dans ma mémoire à tout jamais, chaque fois que je côtois la mort, c'est a Marinette que je pense.
Marinette, fut la première enfant morte que j'ai vue, quelques mois plus tard, une petite cousine âgée de trois ans à peine, seras enterrée dans se même cimetière.
La pauvre fillette a fait une chute de la fenêtre de sa chambre, en voulant rattraper sa poupée !
La petite Nathalie c'est penchée, elle a basculé et elle c'est écrasée sur une des marches en pierre bleu du perron de la porte d'entrée.
A la vue de se petit cercueil blanc, mon cœur se retourne, et je nous revois toutes les deux jouer avec cette poupée maudite, qui lui a donné la mort !
Depuis cette année mille neuf cent soixante cinq, les coups du sort se sont succéder, bientôt ma vie va être complètement chamboulée.
Ma destinée va prendre un tout autre chemin, la malchance me colle à la peau et la suite de mon enfance sera une suite de souffrance, d'humiliation et chagrin.
Chapitre 17
L'année scolaire se poursuit, bientôt les examens, je me promets de m'y mettre à fond, afin, que maman et marraine soient fière de moi.
Chaque jour qui passe, mon cœur déborde de plus en plus de reconnaissance et d'amour pour ces deux femmes qui redoublent d'effort pour m'élever comme leur propre fille.
C'est donc avec application et sérieux que je revois ma géographie, mon histoire, et les calculs, malgré que j'éprouve de plus en plus de difficulté à résoudre les problèmes d'arithmétique.
Les premiers exercices me semblent assez faciles, je remplis mes feuilles d'interrogations, avec aisances, enfin, je dois avouer que la religion, l'histoire et le dessin sont mes cours préférés.
Ce matin, je suis nerveuse car aujourd'hui, il y a interrogation en géographie et en conjugaisons, j'ai mal l'estomac, maman se fâche, car je refuse de déjeuner.
Elle accepte, mais elle continue de grommeler entre ses fausses dent, pour tenter de l'adoucir, je lui lance :
- Chouette maman, tu as mis ton dentier, tu ressemble vraiment à Fernandel, je t'adore comme çà, et là, j'ai sut que j'avais encore gagné, car elle éclate de rire et me colle un énorme baiser qui provoque un entrechoquement de ses deux râteliers.
« En route jeune fille, tu n'as rien oublié ? Fait attention aux guêpes, quand tu mangeras ta tartine, rappelle toi l'année passée » !
Maman me laisse rejoindre mon amie, Nadine et chacune à notre tours, nous répétons nos leçons.
Flûte et reflüte, je confonds de nouveau deux cours d'eau, la Meuse et la Sambre.
La cloche retentit, dans ma poitrine mon cœur joue à saute moutons, tous bas je répète, la Meuse passe à Namur et la Sambre prend sa source en France, elle arrose Hautmont, Maubeuge puis entre en Belgique...
En rendant ma feuille à madame Yvonne, je sens la sueur perlé à mon front, je n'ai pas sut répondre a deux questions sur la Sambre.
Je mange ma tartine du bout des dents, je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression que je vais redoubler ma quatrième année.
Maman et marraine vont être très en colère, pourvus que, pourvus que... le juge ne soit pas au courant.
Maman m'a expliqué, que je n'étais pas sa vraie fille, mais que c'était le juge de la jeunesse qui m'avait placée chez elles, afin de faire mon éducation et mes études.
Alors après chaque bêtise que je commets, ou mauvaises notes que je reçois en classe, mon estomac se noue et je pleure, j'ai une boule au fond de ma gorge.
Dès que nous sommes à la maison, je m'élance dans les escaliers, et je vais vider mes larmes sur la poitrine de marraine et tout en hoquetant, je lui explique mon problème.
« Comment veut tu ma chérie que monsieur le juge apprenne les résultats de tes examens, ce n'est pas nous qui irons lui raconter, tu le sais bien, nous t'aimons trop pour çà ».
Je suis dès lors soulagée, marraine trouve toujours les mots justes, pour m'apaiser et calmer mes craintes.
La fin des examens approche, l'heure du verdict va bientôt sonner, quel serons mes résultats ?
Le jour de la remise des prix, maman m'a mise ma plus jolie robe, une nouvelle que Mylène , la couturière m'a confectionnée.
Elle est en coton de couleur rose pâle avec pois blanc, un col Claudine, des manches ballons et une ceinture plissée, qui se noue sur l'arrière d'un gros nœud.
Les parents sont alignés dans le fond de la classe, et nous, nous sommes debout à côté de nos bancs.
Madame Yvonne commence la proclamation des prix, d'abord la première année, puis la deuxième et ainsi de suite, j'écoute avec attention, les résultats de mes camarades.
Les lunettes fumées de madame Yvonne lui donne un air très sévère, en plus on ne sait jamais qui elle regarde, car ses yeux sont cachés derrière les verres bruns foncé.
Je voudrais être invisible, tous les regards se tournent vers moi, dès que je me lève et que je m'approche de l'estrade, je sens des dizaines et des dizaines d'yeux posé sur mon dos.
Je gravis avec lourdeur les deux marches de bois de l'estrade, je fais volte face et je scrute le mur du fond de la classe.
Je sens une chaleur envahir mes oreilles et mes joues, puis mes yeux brûlent et pour finir deux fins ruisseaux dégringoles et vont s'écraser sur ma jolie robe.
Avant de rejoindre maman et marraine, je fais ma courbette de politesse devant madame Yvonne, puis je me précipite dans les bras de marraine, qui caresse mes cheveux en disant :
Ah si marraine avait raison, je serais fière alors de traverser la classe, mon prix a la main !
Enfin, maintenant, je compte bien profiter au maximum de mes vacances, car à la rentrée, c'est promis je me donne à fond.
Chapitre 18
Mais que se passe t-il ? J'ai comme dans l'idée que nous sommes en voiture, car ma petite personne est agitée de soubresauts !
Peut être suis-je à nouveau dans un de mes rêves remplis de rires moqueurs ou de personnes qui me montrent du doigt, car depuis la remise des prix, je fais souvent se genre de cauchemars !
Je me vois parcourir une salle gigantesque, où tout le village est réuni, pour se rendre compte de mes mauvaises notes.
Madame Yvonne me demande alors, de traverser le local d'un bout à l'autre, un bonnet d'âne sur la tête et un écriteau pendu à mon cou, où il est noté en grande lettre « Aline est une buse »
J'entends alors des mères qui hurlent « elle ressemble à sa mère, elle sera pleine avant de se
Marier, (enceinte, expression du village) elle abandonnera ses enfants, ce n'est qu'une idiote, une traînée.
Ces phrases, je les avais surprise un jour chez le coiffeur, sortant de la bouche d'une mère, dont la fille est un cerveau en ébullition, une élève brillante, toujours première de classe et fière avec çà !
Elle avait débité ces paroles en Wallon, croyant sans doute que je ne la comprendrais pas.
J'aurais voulu ne pas avoir compris le sens de ses mots remplis de haine et d'antipathie, et depuis ce malheureux jour, ces piques sont restées enfouies dans un coin de ma mémoire.
Non je ne rêve pas, je sens que l'on me porte, et j'entends comme des cris d'enfants étouffé et des rires aussi, mais où suis-je donc ?
Petit à petit j'entrouvre les yeux, je regarde autour de moi... mais je ne suis pas dans ma chambre !
J'aperçois à présent deux rangées de lits alignés, recouverts d'une même couverture, et au dessus de la porte un crucifix.
Avec lenteur je me redresse et m'assied sur le lit, ma tête me tourne, pourtant, je me lève et je me dirige vers l'une des fenêtres qui se trouve devant moi.
Je tire une chaise et je me hisse dessus, ainsi perchée j'ai vue sur un parc, où des balançoires et un toboggan sont occupés par des fillettes.
Mais bon sang où suis-je, où est maman et marraine, soudain j'entends la porte s'ouvrir, et une vois âcre me crie :
« Et alors mademoiselle, on est réveillée, remettez ce siège à sa place et suivez-moi »
Je me retourne et je vois une religieuse les deux bras croisé sur son imposante poitrine, une longue robe où à la base j'entrevois juste la pointe de ses sandales.
Je me presse d'obéir, puis je la rejoins, elle me pousse devant elle en me disant :
Elle frappe dans ses mains et bien vite une nuée d'enfants à peu près du même âge que moi, se rassemble en deux rangs impeccables.
Non, mais je suis en plein cauchemar, c'est quoi cette histoire, épidémie, poux, orphelinat, je veux retourner chez maman et vite !
J'ignore les autres enfants et je me précipite vers cette porte qui se trouve scellée dans ce long mur gigantesque, je tire sur la poignée, mais en vain, la porte est cadenassée.
Je hurle, je pleure, je crie, ce qui a pour effet d'alerter la none qui retrousse le bord de sa robe et accoure bien vite.
Elle m'empoigne et me porte sous son bras musclé, tout comme un vulgaire sac de pomme de terre.
Elle ouvre avec force une porte et me jette dans une cabine au sol de bêton glacé, là elle ouvre un robinet et je reçois un jet puissant d'eau froide sur moi, mes vêtements sont trempés, je tente de sortir, mais de sa poigne, elle me retient.
Numéro 15...15...15 , je n'entend pas la suite, je m'évanouis et je me réveille à nouveau sur mon lit, dans le grand dortoir , juste éclairé d'une petite veilleuse et où déjà toutes les fillettes dorment a points fermés.
Dans le fond de la pièce, il y a une alcôve, où veille sœur Clotilde, elle est assise à son bureau et parcours son missel.
Je ne trouve pas le sommeil, une question me hante : comment suis-je arrivée ici ? On m'a certainement donné quelque chose pour me faire dormir, sinon, je ne serais jamais montée dans une voiture sans maman ou marraine.
Maman, marraine comme elles doivent êtres malheureuses, sont-elles loin ? Ou près ? Dans quelle ville ou village je me trouve, j'essayerai de le savoir demain.
Le lendemain matin, quand je me précipite hors de mon lit, car j'ai un besoin plus qu'urgent, je suis rattrapée par sœur Bertrande qui m'empoigne le lobe de mon oreille et me ramène près de mon lit.
« Ma sœur, je doit aller aux toilette s'il vous plait »
« Quoi ? Mais ma sœur, c'est pressant, puis maman m'a toujours dit que cela était très mauvais de se retenir »
- Ici, il n'y a plus de maman, vous obéissez aux ordres, un point c'est tout, et si vous vous entêter, vous serez privée de parloir dimanche prochain, est-ce bien clair ?
« Oui ma sœur »
Les jours suivants, je fais la connaissance de mon institutrice de quatrième primaire, l'école se trouve juste de l'autre côté du mur, chaque classe a sa maîtresse.
Le matin nous partons en rang, deux par deux, une religieuse est désignée pour ouvrir la porte, et deux autres surveillent le rang, afin qu'aucune d'entre nous, ne tente l'évasion.
Je m'efforce pour rester polie et appliquer le règlement à la lettre, car dimanche, maman et marraine viennent me rendent visite, je vais leur demander de me reprendre avec elles.
Un beau soleil brille dès le matin, cela va être une belle journée, les visites sont autorisées le premier dimanche du mois, de treize heures a seize heure, dans le réfectoire des grandes de l'autre côté du mur.
En attendant d'être appelée par la mère supérieur, nous patientons dans la salle de jeux.
Dès que la porte d'entrée s'entrouvre et que la mère Stanislas passe sa tête, d'un bond, nous sommes toutes debout.
Si notre numéro n'est pas cité, alors on se rassoit et on surveille la porte.
Enfin j'aperçois les lunettes fumée de la mère supérieur par la porte entrebâillée, elle m'appelle :
- Le quinze, parloir.
Je m'empresse de la suivre, elle m'accompagne jusqu'au réfectoire où se trouve maman et marraine, je saute bien vite à leurs cous, je les embrasse encor et encor.
« Oh maman, marraine, pourquoi vous m'avez mise ici, c'est horrible, je veux rentrer avec vous »
« Mais pourquoi, et comment on m'a conduite dans cet affreux pensionnat »?
Marraine continue d'expliquer « Maxime nous a conduit chez sœur Madeleine, nous avons dîné, puis nous somme rentrée en te laissant avec ton frère, vous aviez l'air si heureux ensemble.
Mais le lendemain, la tante Madeleine, à téléphoner chez Emilienne et nous a dit qu'il était inutile de venir te rechercher, car tu n'étais plus chez elle, que le juge avait envoyé une assistante sociale pour te conduire au pensionnat. ».
Je commence à comprendre, dans tous les villages, c'est ainsi, il y a toujours une personne malveillante qui s'occupe de fourré son nez dans les affaires des autres, qui aime semer la zizanie.
Et bien si elle pense avoir fichu ma vie ne l'air, elle va se rendre compte qu'elle se trompe sur toute la ligne !
Depuis cette première visite de maman et marraine au pensionnat, mes études, se déroulent comme par miracle, je ne double aucune année, je réalise ma quatrième, la cinquième et enfin la sixième sans encombre.
Je réussi mes examens cantonaux, bon je l'avoue je suis reçue sur le fil, en cause, une distraction, j'oublie de remplir une feuille !
Le mois de juillet je pars pour Verte Campagne, chez maman et marraine, dès que j'arrive à la maison, je me précipite en haut pour aller embrasser marraine, mais je découvre le lit vide.
Je descends et je vois maman en pleure, a ma question, elle me répond :
- Marraine est morte il y a un mois, je ne t'ai pas avertie, afin que tu ne rate pas tes examens.
Je veux me fâcher, mais je ne sais pas, le chagrin de maman se mêle au mien, mais la maison n'est plus la même sans marraine.
Chapitre 19
En septembre 1968, j'entame ma première année professionnelle couture, j'aime beaucoup, car les cours sont variés, français, religion, botanique, grammaire, musique, dessin, cuisine, savoir-vivre et couture.
L'année se déroule sans encombre, je suis attentive, surtout aux leçons de dessin, j'adore le professeur, mademoiselle Dehon, et comme on dit, je suis un peu sa chouchoute.
Le premier bulletin, est très bon, les branches, où j'ai le plus de pourcentages, sont le dessin, l'histoire, la botanique et la couture.
En ce qui concerne les autres cours, j'ai la moyenne, sauf en cuisine, où le jour de l'examen, j'ai fait une bourde, qui m'a valu un 5 sur20.
Pour cet examen, nous devons préparer une pâte à crêpe, jusque là, pas de soucis, mais au moment de cuire (les crêpes) moi je verse toute la quantité de pâte dans la poêle.
Rire assuré de mes compagnes, sourire en coin du professeur madame Papart, qui s'écrie :
Nous voilà donc, le professeur, les quatre membres que compose le jury et nous, les élèves, autour de la table.
Le jury, goute tour à tour un morceau de crêpe de chaque élève, et inscris sa cotation sur la feuille.
Quand c'est « ma crêpe » qui doit être évaluée, madame Hubert qui fait partie du jury et qui ne m'apprécie guère, fait déjà la grimace avant de porter un morceau dans sa bouche.
En effet, elle s'écrie
Je ne sais plus où me mettre, le rouge empourpre mes oreilles, et se propage a mon visage, timide, je lève mon doigt.
« C'est moi, madame, j'ai été distraite, c'est a cause de son épaisseur que l'intérieur n'est pas cuit et ressemble a de la colle »
Comme je m'y attends, sa note est sévère, un petit cinq, s'inscris dans la colonne.
Les vacances me font vite oublier cet incident, je passe d'agréables journées à Verte Campagne en compagnie de Josiane, qui a déjà l'amour en tête et qui s'habille comme une actrice de cinéma, elle me montre son manteau en léopard ( je me demande si ce n'est pas du chat) et son collier de perles de culture, qui est faux, bien entendu.
Elle veut me faire croire que Roger Moore ! Allias Simon Templar, l'a emmenée dans sa belle Cadillac ! Rien que çà s'il vous plait !!
Je ne lui brise pas ses rêves, elle retombera bien vite les deux pieds sur terre, comme dit maman.
Juste avant de retourner au pensionnat, une nouvelle qui circule au village, parvient à mes jeunes oreilles, Josiane attend un bébé !
Je questionne maman : « dit, tu crois que le fiancé de Josiane c'est Roger Moore ? »
Maman éclate de rire : mon Dieu Aline, il ne faut pas croire tout ce que Josiane te raconte, sinon, demain, elle te dira, qu'elle épouse le roi d'Angleterre.
La rentrée scolaire 1970-1971 me projette dans un monde de haute couture, mes réalisations sont des modèles que je choisis dans une revue de mode Parisienne.
Quel bonheur de s'apercevoir que ce bout de tissu, se transforme au cours des heures suivantes, en une jolie robe gitane, ou un beau pantalon fuseau ou encore en un baby-dol un rien coquin.
Connaissant le caractère très prude des religieuses, j'opte pour des modèles sobres, et choisi une robe de nuit plutôt que ces deux pièces minuscules.
Car j'ai déjà en tête le défilé de fin d'année, je ne me vois pas traverser l'estrade d'un bout à l'autre, vêtue d'un short en dentelle et d'une blouse au décolleté pigeonnant, je suis trop timide pour çà.
J'ai juste un gros souci avec les fermetures éclair, c'est le professeur qui termine mes robes, pantalons ou jupes, pour que je sois prête à temps.
Le grand jour, mon angoisse augmente, j'ai peur de m'étaler devant tous ces gens, venus admirer nos travaux de l'année.
Mais tous se passe bien, il y a un jeune homme qui a l'air de s'intéresser à moi, mais j'ai retenus les leçons de maman, prudence ! Prudence ! Et je repense à Josiane.
Je lui propose qu'à la rentrée scolaire de septembre, il vienne m'attendre à la sortie de l'école, nous ferons le chemin ensemble.
Il n'a pas oublié notre conversation, car chaque jour, il est au rendez-vous, il ne manque pas une seule occasion pour me revoir et me raccompagner.
Au début de l'été, il a juste dix huit ans, moi seize, nous discutons sur tout le trajet du retour, je suis assez timide et gauche, et je rougis dès qu'il ose prendre ma main pour la porter à ses lèvres.
Mais un jour, la mère supérieur m'attend à la grille du parc, elle me fait la morale, comme quoi je suis une coureuse, que je devrais avoir honte de me laisser accompagner par un jeune homme, sans chaperon !
Sans ménagement, elle menace mon ami, d'appeler la gendarmerie et de le faire enfermer pour harcèlement envers une mineure !
Elle lui hurle, avant qu'il n'enfourche sa moto :
- Si dans cinq ans, vous avez toujours les mêmes vues sur elle, vous viendrez me trouver, c'est avec joie que je vous la confierais, mais en attendant, je ne veux plus vous voir rôder dans les parages !
Je suis furieuse et je lui explique, que nous ne faisons rien de mal, en vain, elle ne veut rien entendre.
Elle m'averti, que dès le demain, elle m'attendra a la sortie de l'école et qu'elle me ramènera en voiture et ce jusqu'à la fin de l'année scolaire en cours !
Je n'arrive pas à comprendre, qu'ais-je fais de mal, je ne suis pas la seule qu'un garçon raccompagne, il y a Edith, Martine, Nadine et toutes les autres, pourquoi, c'est moi qui suis punie ?
Chapitre 20
Ma troisième année professionnelle couture, je la passe avec la mention « très bien » et un 85 %.
Je fais d'énormes progrès, mes confections sont prêtes pour le défilé et sans l'aide de madame Duriau.
Le jour de mon troisième défilé, c'est la grande pagaille, car il y a une nouveauté, une grande première, la robe de mariée, elle sera portée par Martine, quelle chançarde.
Depuis, qu'il a reçus un sermon de la mère supérieur, je n'ai plus revus mon ami, au fond de moi, j'espère qu'il sera présent, car j'ai très envie de le revoir.
Mais, la fête se termine et je ne l'ai pas aperçu, c'est avec le cœur un peu gros que j'emballe mes vêtements et quitte la salle avec mes camarades.
Cette fois, c'est au mois d'aout que je retournerais à Verte Campagne pour y passer les derniers jours des vacances.
Le début de l'été 1972 sera agréable, nous partons quinze jours en Italie avec le patro, dont je fais partie. (Mouvement de jeunesses de la communauté Française de Belgique)
C'est mon premier voyage en dehors de la Belgique, nous partons en autocar, le trajet est long, mais passionnant, Luxembourg, Autriche, et Trento en Italie, j'en découvre des choses, je ne suis jamais partie en vacance !
Lors de notre séjour, nous allons visiter le lac de Garde, Venise et ses gondoles et ces beaux gondoliers, la place saint Marc, et les souffleurs de verre.
Dès notre retour au pensionnat, le vicaire de la paroisse organise une journée consacré à notre beau voyage, un diner est organisé et la fête se termine avec la projection des diapositives qui retrace notre séjour en Italie.
A l'entracte, je sors me dégourdir les jambes, et prendre un bol d'air, je manque de trébucher sur une paire de jambes étendue au travers de mon chemin! Mais quel est l'idiot qui me fait un croche-pied ?
Je me retourne, et j'aperçois un beau jeune homme, assis sur un banc, les deux mains dans sa veste de cuire, les cheveux bouclés couleur corbeau et des yeux tout aussi noire qui me détaille des pieds à la tête.
Je sens mes joues qui deviennent aussi rouge qu'une cerise.
- Bonjour, comment vas-tu ? Tu croyais ne plus me croiser sur ta route, hein ? Pas vrai ?
« Euh ! Salut, où tu était passé ces derniers temps ?, je ne t'ai plus aperçus avec ta moto à la sortie de l'école » ?
- Tu sais après les vociférations de sœur Stanislas, je ne voulais plus trainer au alentour du Château.
Puis j'ai fait mon service militaire en Allemagne, je suis un homme maintenant, un vrai comme on dit quand on a été soldat !
Dieu du ciel, qu'est ce qu'il est beau, je rêve ou quoi, moi qui suis maigre comme un clou, mes chaussettes en accordéons sur mes chevilles, que me trouve-t-il ?
Mais maintenant que nous nous sommes retrouvés, nous serons très prudents, afin que sœur Stanislas ne nous tombe pas à nouveau dessus.
Mais c'est sans compter sur son flaire, a croire qu'elle a des yeux partout, cette none, malgré toutes les précautions que nous prenons, lors de nos rendez-vous au fond du parc, lui perché sur le mur et moi en bas, elle nous tombe dessus.
- Que croyez-vous, que je n'avais pas remarqué votre manège Aline ? Dès que l'on m'a prévenue de vos retrouvailles avec ce bel hidalgo, j'ai mis mes sœurs sur vos talons, je ne me suis pas trompée !
Vous tenez tant à faire honte à cette institution en nous ramenant un polichinelle dans le tiroir ?
Sœur Stanislas est rouge de colère, elle crache des mots cinglants, que mon ami et moi-même sommes étonnés d'entendre sortir de la bouche d'une religieuse.
Pour la deuxième fois, mon pauvre ami est rabroué, insulter et menacer, comme la première fois.
Il a suffi a nouveau de ce manque de confiance venant de la mère supérieur, pour que je me transforme en une jeune fille rebelle, révoltée, du jour au lendemain.
Heureusement que demain, Jérémie le beau-fils de tante Laurette, vient me chercher pour me ramener à Verte Campagne, enfin un mois, loin du pensionnat.
Josiane est mariée, mes autres compagnes de classe, ont déserté le village, soit pour leur travail ou pour suivre leur mari.
Verte Campagne se métamorphose, peu à peu en village touristique, un projet qui était prévu depuis de longues années, se concrétise enfin.
Lasse de tourner en rond dans la maison ou le jardin, je demande à maman, si je peux aller jusqu'au village voisin.
Les vacances se terminent, je repars pour le pensionnat, comme je n'ai pas l'intention de continuer mes études, le juge me met au service d'une famille, comme interne, je m'occupe du ménage et des quatre enfants.
J'attends le facteur avec impatience, car cela fait un mois que je n'ai reçus de courrier de maman.
Je décroche le combine du téléphone et j'appelle Emilienne à Verte Campagne, je lui demande d'aller chercher maman, car je suis inquiète, je n'ai pas de nouvelle depuis longtemps.
Un long silence s'établis à l'autre bout du fil, je trouve l'attente bien longue, pourtant j'entends respirer.
« Emilienne ? Emilienne tu es là, où est maman ? Elle n'est pas malade au moins ? »
« Mais enfin Emilienne, je ne comprends pas !
- Il y a trois mois ta mère est accourue chez moi, à bout de souffle, elle était en pleur, elle m'a tendue la lettre en tremblant, je l'ai parcourue, je n'étais pas étonnée de son contenus, je m'en doutais.
« Tu te doutais de quoi Emilienne, je ne comprends pas »
« Mais enfin Emilienne, je n'ai rien fait de mal, ce garçon me ramenais jusqu'à la grille de l'internat, nous n'étions jamais seuls, mes camarades nous suivaient.
Et quand nous nous voyons dans le parc, il était perché au dessus du mur, ce mur mesure plus de deux mètres, comment veut tu que nous fassions quelque chose de mal ?
Alors avant de tirer des conclusions, renseignez toi, et maintenant va chercher maman s'il te plait. »
« Si c'est ce que tu pense, et bien crois le, si tu en as envie, j'ai la conscience tranquille, maman a sut me donner les leçons qu'il fallait et je la remercie, salut ! »
Je raccroche le cornet et je fonds en larmes, avec le décès de maman, c'est une page de ma vie qui se tourne.
Jamais je n'oublierais maman, marraine ni mon enfance passée à Verte Campagne.
Epilogue
Ma vie a suivis son cours, avec des hauts et des bas, mais je m'en suis sortie la tête haute malgré tout.
Je suis encor passée par des périodes de terrible souffrance, mais à l'aube de mes cinquante cinq ans, je peux dire, que la vie semble enfin me sourire, alors j'en profite au maximum.
La seule trace qui reste de cette période du pensionnat, c'est que j'étouffe si je me sens enfermée, j'ai besoin d'espace, d'air, de lumière, de LIBERTE
J'ai deux enfants de mon premier mariage et trois petits enfants, un ex-mari, avec qui je suis restée en assez bons termes, et un mari qui ne sait rien me refuser.
J'habite dans les Ardennes, entourée de rocher, de forêt et de champs, un lieu qui ressemble un peu à Verte Campagne.
Seule ombre a mon bonheur total, la maladie de mon mari, je prie Dieu, qu'il me le laisse encor un long moment.
Quand à mon frère, il habite le village juste à côté du notre, mais il préfère garder ses distances ! Il a une fille et deux petits enfants.
Je fais la connaissance de mon père en 1975, mais à peine rencontré, il souhaite m'effacer pour toujours de sa vie, c'est son choix !
Ma mère biologique a refait sa vie après notre abandon, elle a eu sept enfants, dont trois portes le nom de mon père ! Elle les a élevés comme il se doit, enfin des enfants heureux.
Je rencontre ma sœur, pour la première fois en 2005, une seconde fois la même année et ce fut tout.
Nous avons suivis, tous les trois des chemins divergents, notre placement dans des familles différentes, n'a pas créer un lien frère-sœur normal, il nous reste juste, le même sang qui coulent dans nos veines.
La plus grande partie de cette histoire est bien réelle, je l'ai basée sur certains de mes souvenirs, mais j'ai été obligée « de broder » certains passages afin de pouvoir continuer, surtout en ce qui concerne les dates exactes ! Car les trois personnes que j'avais retrouvées, qui étaient au départ, « RAVIE » d'avoir de mes nouvelles, sont devenues muettes tout à coup !, dès que j'ai posé une seule question :
Pourquoi et quand on m'a retirée de chez maman et marraine ?
Puisque, apparemment je n'aurais jamais de réponse, j'en reste a mon texte, c'est aussi bien ainsi.
Francine, le 7 juin 2009
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